Découvertes

Voyages Récents

  • dsc-0080.jpg
  • dsc-0128.jpg
  • dsc-0279.jpg
  • CSC_1379.jpg
  • dsc-0193.jpg

Recommander

  an4.gif

Voyages, photos de pays parcourus, moments insolites, reportages...  
ce site a pour vocation de parcourir le monde en vous 
offrant le
plus beau,  mais aussi vous sensibiliser sur les dangers subis 
par notre belle planète !


 

Autant le couple canton-commune (ou agglomération-quartiers) est relativement simple à organiser, autant le couple région-département pose des problèmes délicats, qu'il s'agisse des territoires, des autorités administratives, des assemblées, des ressources ou des missions.

En ce qui concerne les territoires, nous avons indiqué qu'une douzaine de départements souffraient d'anomalies réellement gênantes, qu'il s'agisse de leur conformation ou de la situation de leur chef-lieu. Le pire défaut de conformation se rencontre en Lorraine, où l'on n'a pas osé rétablir les départements de la Meurthe (chef-lieu Nancy) et de la Moselle (chef-lieu Metz) tels qu'ils existaient avant 1871, sous prétexte des "lois locales" maintenues dans l'ancienne Alsace-Lorraine. Le résultat est que Longwy dépend de Nancy (à122 km), que l’on n’atteint d’ailleurs que via  Metz (à 66 km), tandis que Sarrebourg dépend de Metz (à96 km) et non de Nancy (à 75 km). Il serait aisé de mettre fin à cette absurdité en appliquant ces fameuses “ lois locales ” à l’échelle de l’arrondissement.

            Dans le Sud-Est on notera, par exemple, que Vienne, sous-préfecture de l’Isère, est à 87 km de Grenoble et à 31 seulement de Lyon, Arles à 38 km d’Avignon et à 87 de Marseille.

            Puis on s’intéressera surtout à la région Nord-Pas-de-Calais, qui unit deux gros départements, forts de 2533000 et 1433000 âmes respectivement. Or leurs formes allongées provoquent des éloignements excessifs : 113 km de Lille à Fourmies, 112 km d’Arras à Calais. La raison commanderait ici une division créant deux départements supplémentaires : l’un autour de Valenciennes (sous-préfectures : Avesnes, Cambrai), l’autre autour de Boulogne (sous-préfectures : Calais, Montreuil, St Omer). Le premier serait celui de l’Escaut, le second garderait le nom de Pas-de-Calais, le département d’Arras se nommant logiquement “ Artois ”. Outre une meilleure proximité de l’administration, le grand avantage serait de remplacer le face-à-face actuel par un écart dimensionnel normal entre la région et ses quatre composantes.

            Un problème analogue se pose, nous l’avons vu, pour les deux autres régions bi-départementales : Alsace et Haute-Normandie. Peut-on espérer que l’exemple  de l’union réalisée naguère entre Bade et Wurtemberg incitera quelque jour à la formation d’un ensemble Lorraine-Alsace dont le lieu central ne pourrait être que Nancy ? Rien ne permet de l’envisager aujourd’hui. En revanche, beaucoup de voix se sont élevées pour réclamer la réunification de la Normandie. Mais autour de quelle capitale ? Le choix de Rouen, métropole historique, laisserait le Sud de la Manche à 223 km et Cherbourg à 242 km ; le choix de Caen laisserait Le Tréport à 216 km. C’est pourquoi nous avions suggéré l’installation à Lisieux (ville vraiment centrale et proche de l’aéroport de Deauville) de l’assemblée régionale et d’un préfet de région qui ne serait plus préfet de département.

            De tels changements doivent évidemment être consentis par les populations, et non imposés. Cependant, on risquerait fort l’échec si ce consentement était demandé aux assemblées, toujours attachées au statu quo dont elles tiennent leur existence. Il serait donc nécessaire d’instaurer la possibilité d’un référendum  régional ou départemental sur une question territoriale posée par le gouvernement

            Cette question pourrait également porter sur le transfert d’un chef-lieu trop excentré. Nous avons cité le cas de la Saône-et-Loire : il appartient à ses 559000 habitants de dire s’ils préfèrent à Mâcon une “ ville nouvelle ” mieux située, près de la gare TGV de Montchanin, au croisement de la ligne à grande vitesse et du couloir du Charolais. De même, il est paradoxal que le chef-lieu de la Charente-Maritime soit La Rochelle, à 112 km de Jonzac, et non l’antique cité de Saintes. De même encore, le point central de la Meuse est Verdun, et non Bar-le-Duc. Enfin, certaines capitales régionales ont été mal localisées, souvent en raison des contraintes administratives de l’époque (régions militaires, etc.) : le centre de la Lorraine est Nancy et non Metz ; celui des Pays de la Loire Angers et non pas Nantes. Osera-t-on dire aussi que le cœur de la région "PACA" (Provence-Alpes-Côte-d'Azur) n'est pas Marseille, agglomération cosmopolite qui tourne le dos à la Provence, mais bien le noeud routier bi-millénaire d'Aix-en-Provence, ville prestigieuse qui est aujourd'hui la plaque tournante du réseau autoroutier régional?

La nouvelle structure des institutions régionales et locales issue des lois de décentralisation, a fait des présidents des assemblées les organes exécutifs des collectivités territoriales. Les services des préfectures sont mis à leur disposition pour la préparation et l'exécution des délibérations des conseils. Les contrôles financiers a priori ont été supprimés au profit d'un contrôle a posteriori exercé par les Chambres régionales des comptes.

            Ces pouvoirs, transférés à des responsables quelquefois incompétents ou abusivement politisés ont provoqué, ici et là, des incohérences et des gaspillages que nous avons brièvement évoqués. Ces errements peuvent être considérablement réduits si l'on conforte le rôle de conseil (d'opportunité) et de contrôle (de légalité) exercé par l'administration préfectorale, dont le personnel est presque toujours remarquable (y compris les sous-préfets, utiles conseillers de "pays" pouvant donner lieu à des syndicats de cantons). Et c'est un éminent représentant des collectivités locales, M. Daniel Hoeffel, sénateur et président du conseil général du Bas-Rhin, qui réclame une "amélioration du contrôle juridique et financier (de ces collectivités), afin que la décentralisation soit au-dessus de tout soupçon" (1). Ce rééquilibre implique trois conditions : d'abord que les préfets retrouvent la durée (au moins cinq ans dans le même poste), sans laquelle il n'est pas d'autorité solide ; ensuite que nul ne remette en cause leur fonction de délégué unique du gouvernement, souvent mise à mal par les comportements autonomistes de tel ou tel service ; enfin, que les "dérapages", notamment en matière d'urbanisme et de permis de construire, soient évités par des schémas directeurs précis et par une législation plus stricte prévoyant des sanctions plus sévères. La coopération entre les préfets et les assemblées régionales ou départementales sera plus nettement positive si des structures rénovées créent un lieu fédéral entre les premières, rendues plus stables, et les secondes, rendues mieux représentatives.

 

Repenser le cadre cantonal

 

            Longtemps, la prépondérance des cantons ruraux dans les conseils généraux  a  été  telle  qu’ils  donnaient  une  image  caricaturale du département.

Malgré le découpage, à la petite semaine, de nombreux cantons urbains, les disparités demeurent énormes. Dans les Alpes-Maritimes, le nombre des cantons est passé de 34 à 51 entre 1962 et 1990. Pourtant, si le canton de Menton recense 44029 habitants et celui de St Martin-Vésubie 1136 (soit 39 fois moins !), chacun élit un conseiller général. Dans les Ardennes, le canton de Monthermé est 16 fois plus peuplé que celui de Tourteron, etc.

            Que faire ? Si nous admettons le même écart maximum -de un à six- que pour les structures intercommunales, deux situations peuvent se présenter. La première est le rattachement de petits cantons peu étendus à des unités socialement plus viables : nous avons cité plus haut le cas des Planches-en-Montagne ; dans l’arrière-pays niçois, les trois cantons de la Vésubie (Lantosque, Roquebillière, St Martin) seraient sans inconvénient réunis en un seul, peuplé de 4930 résidents, soit un peu plus que 0,5% de la population départementale. La seconde situation est celle de grands cantons très faiblement habités, où des services doivent néanmoins être maintenus au chef-lieu pour rester accessibles : le conseiller général représentera alors, exceptionnellement, deux ou trois cantons ; toujours dans les Alpes-Maritimes, ce conseiller sera alors l’élu commun des cantons de Puget-Théniers (172 km2, 2478 habitants), de Villars (201 km2, 1882 habitants) et de Guillaumes (459 km2, 1948 habitants), c’est à dire de la magnifique région du Haut Var. En outre, il serait normal qu’il puisse siéger de droit dans les trois conseils cantonaux.

            Le résumé des dispositions des “ lois Defferre ” nous a montré qu’aucun lien n’était prévu entre conseils généraux et conseils régionaux, ces derniers étant élus comme si l’on avait voulu les rendre ingérables. Il est temps de renoncer à ces absurdités. En premier lieu, la région étant considérée comme une fédération de départements, une partie de l’assemblée régionale doit être composée de délégués de ces départements afin d'assurer la nécessaire cohérence entre la politique de la collectivité fédérale et les actions des collectivités fédérées. En second lieu, il est équitable que la moitié au moins de cette assemblée soit élue au suffrage universel direct, avec, là encore, un scrutin proportionnel ou majoritaire selon les cas. D’où l’idée d’une assemblée duale qui, issue de deux modes de désignation différents, prendrait le nom de congrès régional. Elle serait élue pour six ans, ce qui entraînerait le renouvellement total, et non plus par moitié, des conseils généraux. Chaque conseil général élirait un délégué, plus un pour 5% de la population régionale, un nombre égal provenant du suffrage universel départemental.

            L’application de cette méthode au Languedoc-Roussillon - qui contient la Lozère, plus petit département français - donnerait des résultats suivants : 26 délégués des conseils généraux, dont 4 de l’Aude, 7 du Gard, 9 de l’Hérault, 2 de la Lozère, et 4 des Pyrénées-Orientales ; 26 élus au suffrage universel direct selon la même répartition avec scrutin proportionnel dans le Gard et l’Hérault, majoritaire ailleurs. Le “ congrès ” aurait ainsi un effectif de 52 membres, contre 67 pour l’actuel conseil régional ; il dégagerait plus aisément une majorité stable et travaillerait plus sereinement

            Reste à se prononcer sur une option financière : la région doit-elle rester, comme il a été décidé en 1986, une collectivité territoriale de plein exercice, avec sa fiscalité propre, alors qu’elle est parfois si proche du département ?  Après réflexion, la réponse ne peut être que positive : le congrès régional étant décideur d'une politique, il doit aussi décider librement de son budget, en concertation étroite avec les auteurs des budgets départementaux, lesquels sont représentés en son sein -et avec le souci constant de l'économie de moyens

            Car il s’agit maintenant d’affecter des sommes considérables. En 1978, avant les lois de décentralisation, les dépenses globales des collectivités locales ne représentaient que 19,2%  de celles de l’Etat. En 1995, elles s’élevaient à 708,4 milliards, soit 45,6% du budget national, après s’être accrues de 20% en quatre ans.

            Le premier impératif est maintenant de savoir qui doit faire quoi, en appliquant le principe de subsidiarité, c’est à dire en confiant aux collectivités de chaque niveau la responsabilité des tâches qu’elles sont capables d’accomplir. Or, déclare M. Alain Peyrefitte, "les lois de 1982 ont entremêlé les compétences; les financements croisés brouillent tant les cartes que seuls les corps techniques de l'Etat peuvent s'y retrouver". Les réformes proposées, en organisant les rencontres et les coopérations, devraient faciliter la clarification : les conseillers généraux siégeant systématiquement dans les conseils cantonaux ou urbains et, pour certains d’entre eux, dans les congrès régionaux, nul ne pourra plus ignorer ce qui se fait dans les autres instances. Dès lors, les démarches vibrionnantes des "chasseurs de primes" qui quémandent et obtiennent de petites subventions d'une ville, puis d'un département, puis d'une région, puis de l'Etat, devraient prendre fin.

"Ce qui est national à l'Etat, ce qui est régional à la région, ce qui est communal à la commune" proclamait déjà en 1869, à Nancy, l'opposition républicaine : arrivée au pouvoir, elle s'empressa d'oublier cette belle doctrine. Saura t-on la mettre en oeuvre à l'orée du XXIème siècle.

La mission de la région est de poursuivre la réalisation d'un projet d'aménagement élaboré dans le cadre du schéma national, s'attachant aux activités supérieures et aux innovations qualitatives. Il lui appartient, par exemple, de permettre l'épanouissement de la vie artistique en se substituant à l'Etat, puisque celui-ci octroie 535 millions de francs de subvention de fonctionnement à l'Opéra de Paris (1993), et 72 millions pour l'ensemble des 13 opéras de la Réunion des théâtres lyriques de France (RTLF), "ce qui représente une aide de 825 F par spectateur parisien et de 131 F par spectateur de province" (2).

De même, l'autorité régionale doit avoir la capacité de combler les éventuelles lacunes de l'enseignement supérieur en décidant la création d'un Institut Universitaire de Technologie (IUT) ou d'un centre d'excellence professionnelle. Elle peut aussi investir dans un équipement original qui serait décisif pour le rayonnement d'une province : ainsi le génial "Futuroscope" qui attire plus de 3 millions de visiteurs (1996) au coeur du Poitou.

 

En résumé, nous avons préconisé des actions destinées à rendre les institutions décentralisées à la fois plus simples et plus efficaces :

- une seule forme de regroupement communal;

- un meilleur écart dimensionnel, dans certains cas, entre département et région;

- les couplages canton-commune et région-département réduisant le nombre des fiscalités locales actuelles;

- des assemblées départementales plus représentatives;

- des assemblées régionales rendues plus stables;

- l'insertion des actions décentralisées dans des schémas régionaux (actuellement inexistants, sauf en Ile-de-France) qui seraient eux-mêmes cohérents avec le schéma national.

 (c) Jean Francois GRAVIER - Professeur agrégée Histoire-Géographie

Dimanche 18 janvier 2009
- Publié dans : Débats

Il reste encore aujourd’hui 30 dictatures dans le monde.

 

Aujourd’hui, 50% des habitants

 de la planète vivent dans

les villes. En 2030,

ils pourraient être 60%.

 

En 2005, sur les 20 mégalopoles de plus de 10 millions d’habitants, 15 sont situées dans

des pays en développement.

 

Depuis 2004, il y a 30 millions de réfugiés écologiques.

Ils pourraient être 150 millions en 2050.

 

Si tout le monde vivait et consommait comme un Français,

il faudrait 3 planètes supplémentaires

pour satisfaire les besoins de chacun.

 

Plus d'un demi-million de femmes meurent chaque année de complications liées

à la grossesse, dont 99% dans les pays en développement.

 

1 habitant de la planète sur 6 vit dans un bidonville.

 

Pour réduire le réchauffement climatique le protocole de Kyoto engage les pays industrialisés à réduire de 5 % leurs émissions de dioxyde de carbone. Or, il faudrait prévoir une réduction d'au moins 50%.

 

Depuis 1900, la moitié des zones humides de la planète ont disparu.

Dimanche 21 décembre 2008
- Publié dans : Environnement

 

Contravierto

Phase

Enchainement

Conseils

1

Je procède à un vacilala standard puis j’avance vers ma gauche et pose délicatement ma main gauche sur mon épaule droite. La fille derrière moi. Ma main droite est présentée sous mon bras droit pour récupérer sa main gauche que je place sur mon épaule gauche

 

2

Tout en faisant un demi tour je libère ma main gauche et je récupère quasiment instantanément sa main droite et avec mon bras droite je coiffe la fille

Bien réaliser le demi-tour pour bien récupérer la main droite

3

Je procède à un enchufla doble mais pose ma main gauche sur sa nuque puis à la seconde partie de l’enchufla mon bras droit je la fais pivoter sans le blocage et la fais passer sous mes bras. On se retrouve face à face mains croisées

Paume de la main gauche sur la nuque pour bien réaliser cette partie

4

Je fais un enchufla puis baisse ma main gauche et monte ma main droite pour faire une finta

 

On fini par un dilequeno

 

 

Dimanche 21 décembre 2008
- Publié dans : Danse Salsa

 

Cubano complicado

Phase

Enchainement

Conseils

1

Position ouverte je fais une passe espagnole puis un demi-tour

 

2

Arrivé sur le temps 6 je fais piso en positionnant bien le bras sous son bras gauche et fais donc passer la fille sous mon bras droit sens aiguille d’une montre

 

3

Sur le temps 1 je me mets à genou puis la fais tourner autour de mots

Sur 7 temps

4

Je me relève puis enchufla

 

5

Récupération de la main droite

 

On fini par un dilequeno.

 

 

 

Melao  

Phase

Enchainement

Conseils

1

Mains parallèles, je fais pivoter dans le sens aiguille d’une montre la fille, je fais un back to back et on se retrouve en passe espagnole puisque je pivote

Il faut bien tourner

2

Avec ma main gauche tournée vers le ciel je m’enroule sens aiguille d’une montre et me coiffe avec le bras fille que je baisse sur ma hanche. Je suis donc sur la droite de la fille

Il faut bien tourner

3

Tout en faisant tourner je lâche ma main droite, tend ma main gauche vers ma gauche et je vais chercher dans le dos la main gauche de la partenaire avec la main droite

Encore… bien tourner

4

je fais basculer la fille (devant moi) de ma gauche vers ma droite par une pression de mon bras droit qui tire vers moi et un assouplissement de mon bras gauche. La partenaire se situe sur ma droite

 

5

Je fais un back to back et je me retrouve face à la fille en position espagnole

 

6

Je fini par un enchufla

 

On fini par un dilequeno.

 

Samedi 13 décembre 2008
- Publié dans : Danse Salsa

 

            Les mémoires du Général de Gaulle commencent par ces lignes célèbres: "Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France... ce qu'il y a en moi d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J'ai, d'instinct, l'impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires". Et plus loin: "Au début du siècle apparaissaient les prodromes de la guerre. Je dois dire que ma prime jeunesse imaginait sans horreur et magnifiait à l'avance cette aventure inconnue".

            Cette forme de patriotisme était naturelle aux générations marquées par la défaite de 1870. Il est permis de souhaiter aujourd'hui un attachement moins allégorique, moins exclusif  et plus paisible. Moins allégorique, tout d'abord, et certainement plus riche : la France n'est pas une statue, mais une civilisation, assez prodigieuse, inscrite sur un sol depuis vingt siècles et qui mérite l'affection, ou du moins le respect. Moins exclusif ensuite : la majorité des hommes ont plusieurs patries, de la plus grande à la plus petite. On peut se sentir breton ou provençal autant que français; on peut être un excellent citoyen français et se faire enterrer en Israël. Demain, nous serons en même temps citoyens de l'Europe et citoyens de la France, à l'instar de ces Austro-Hongrois qu'évoquait naguère Bernard-Henri Lévy (1). Enfin, un attachement plus paisible: partout où des fanatismes totalitaires ne menacent pas, on préférera aux paroles insensées de la Marseillaise  ("Qu'un sang impur abreuve nos sillons...") l'hymne beethovenien de l'Europe.

 

Le legs de la nature et de l'Histoire

 

            On ne saurait connaître et comprendre la nature profonde de la France si l'on ignore et sa consistance géographique et les apports successifs qui, telles des strates géologiques, ont formé sa personnalité historique et composé l'héritage commun. En 1808, à Erfurt, Talleyrand disait au tsar: "Le Rhin, les Alpes, les Pyrénées sont la conquête de la France; le reste est la conquête de l'Empereur, la France n'y tient pas". On doit la frontière des Pyrénées à Mazarin, l'Alsace et la frontière du Jura à Louis XIV, la Corse à Choiseul, la frontière des Alpes à Napoléon III. Le Rhin, lui, n'a jamais pu être atteint durablement en aval de Landau. Cela fait, depuis 1947 (réunion de Tende et la Brigue), un territoire de 551.602 km2, le plus vaste de notre Europe "virtuelle". Remarquons au passage qu'une frontière "naturelle" n'aurait pu se confondre avec le Rhin qui, au Nord de l'Alsace, est un lien beaucoup plus qu'une barrière. Elle aurait, au mieux, englobé la Sarre, le Luxembourg et la Belgique (séparée des Pays Bas par les landes et les bois de la Campine), ainsi que l'enclave de Genève. Il reste que la frontière franco-belge, remaniée au gré des batailles et des traités entre 1659 et 1815, constitue, sur 300 kilomètres, un chef d'oeuvre d'arbitraire.

            Pourtant, l'ensemble français offre un imposant spectacle d'équilibre, en même temps qu'une sorte de raccourci physique de l'Europe. Ouvrant sur trois mers, il possède des pays méditerranéens, l'extrémité de la grande plaine du Nord et deux grands bassins sédimentaires (parisien, aquitain), le magistral sillon rhodanien communiquant aisément avec eux comme avec la plaine d'Alsace. Les zones montagneuses  (Massif Central, Alpes, Pyrénées, Jura, Vosges etc.) couvrent environ 150.000 km2, soit 27% de la surface totale. Contrastant avec les seuils faciles du Poitou, de Naurouze ou de Belfort, le principal obstacle intérieur est un bourrelet en forme de S ouvert qui, de la Montagne Noire aux Vosges, borde les Cévennes, l'Est du Massif Central et le plateau de Langres. La ligne classique Paris-Lyon a dû le franchir par le tunnel de Blaisy-Bas; le T.G.V. a pu le franchir plus au Sud sans tunnel.

            Dans ce domaine national que Vauban appelait "le plus beau royaume sous le ciel", un maître géographe nous rappelle que "jamais les horizons ne s'étendent sur des paysages uniformes et démesurés, comme dans la plaine russe ou dans les plaines américaines" (2).

            Il n'existe pas de désert climatique, puisque la pluviosité dépasse partout 50 cm par an -pour atteindre 147 cm à Biarritz. L'abondance hydraulique a fait naître quelques grands bassins fluviaux modelés par les indications du relief. Celui de la Loire, draînant tout le centre de la France, couvre 117.812 km2; celui du Rhône 97.800 (dont 7.170 en Suisse); celui de la Garonne près de 85.000; celui de la Seine 77.727. A eux quatre, ils détiennent donc plus des deux tiers du territoire. Cependant, la hiérarchie des débits -qui situent la véritable importance des cours d'eau- est assez différente: le Rhône, fleuve alpestre, écoule en moyenne 1800 m3/seconde, soit 18,4 litres/sec par km2, alors que les autres viennent loin derrière, leur débit spécifique étant inférieur à 10, qu'il s'agisse de la Loire (860 m3/sec), de la Garonne (630) ou de la Seine (500). A cet égard, l'un des fleuves dits "côtiers" mériterait plus de considération: c'est l'Adour, émissaire pyrénéen qui, draînant 17.020 km2, apporte autant d'eau à Bayonne que la Seine à Paris (290 m3/sec.) et beaucoup plus que la Meuse à Givet (environ 100) ou la Charente à Rochefort (95).

            Cet environnement de mers, de terres et d’eaux a permis, entre le 42ème et le 51ème degrés de latitude Nord, la lente formation, au long des siècles, de paysages incroyablement variés. Certains sont très anciens : dès le IXème siècle, un chroniqueur distinguait en Normandie “ cil des boschage et cil des plain ”. D’autres ne datent pas d’un siècle : ainsi la Champagne crayeuse, dite naguère “ pouilleuse ”, est devenue une contrée agricole riche grâce aux engrais potassiques; entre 1938 et 1990, la culture du maïs est passée, grâce aux hybrides, de 340 000 ha à 1.660.000. Pendant ce demi-siècle, la “ surface agricole utile ” a reculé de 34,5 millions d’hectares à 30,6 - mais couvre encore 55,5% du territoire. En revanche, les surfaces boisées ont été portées de 10,7 millions d'hectares à 14,8 (soit 26,8% du territoire) : des Alpes du Sud au plateau de Millevaches, le boisement a transformé les maigres pacages d’autrefois.

            Un trait fondamental demeure : partout ces paysages offrent les marques d’une occupation humaine, généralement plus que millénaire, qui s’exprime par des constructions significatives, des églises et des châteaux jusqu’aux styles des maisons paysannes -des constructions dont la beauté s’oppose presque toujours à “ l’horreur urbaine ” des banlieues.

            Depuis la première liste de Mérimée, en 1840, on a classé, en excluant la préhistoire et le XXème siècle, 15.244 monuments historiques, plus 25.761 inscrits à l’inventaire supplémentaire. Viennent en tête, comme on pouvait s’en douter, les édifices religieux : 6236 classés et 7385 inscrits. Une très longue ferveur, qui remonte aux IIè et IIIè siècles, s’est exprimée ici par l’art des bâtisseurs et là par les noms des lieux : 4376 communes, soit 12% du total, portent des noms de saints ou de saintes, sans compter les Dampierre, Donnemarie, Notre-Dame, etc. Il y a là quelque chose de consubstantiel à la nation. Et ce n’est pas par hasard qu’en 1981 François Mitterrand posa, pour la fameuse affiche de la “ force tranquille ”, sur fond de petit village surmonté d’un clocher -soulignant par là sa communion avec la longue mémoire patrimoniale du pays.

 

L'apport celtique

 

            Nous devons aux Grecs les premières villes de ce qui deviendra la France. Vers -600, des colons de Phocée, cité ionienne fondée par un Athénien, débarquent dans le Vieux Port et créent Massalia. Les Massaliotes doivent bientôt se fortifier contre les Ligures, qui peuplaient encore tout le Sud de la Gaule et dont nous ne savons pas grand’chose. Excellents marins et marchands, organisés en société aristocratique stable, animant le plus brillant foyer d’hellénisme de l’Occident, ils conquièrent un domaine littoral qui s’étend de Monaco à l’Andalousie. Leurs colonies se nomment Nice (Niké, la ville de la Victoire), Antibes (Antipolis, la ville d’en face), Hyères, Sanary, la Ciotat et, à l’Ouest du Rhône, Agde (Agathé Tyché, “ la ville de la Bonne Fortune ”). Au IVème siècle avant J.C., leur grand navigateur et géographe, Pythéas, reconnaîtra les côtes européennes de l’Atlantique et découvrira que la Grande Bretagne est une  île. A cette époque, les Celtes, venus d’Europe centrale, ont refoulé les Ligures et envahi d’immenses territoires. A demi-nomades, ils ne seront chassés de la plaine du Pô par les Romains qu’en -192. Un peu plus tard, vers -168, le mot Gallia  apparait dans les Origines de Caton. L’Italie politique allant maintenant jusqu’aux Alpes, la Gaule n’est plus “ cisalpine ”, ses autres limites étant la mer, les Pyrénées et le Rhin : “ César la définit ainsi à la première ligne de ses Commentaires ”  (3)

            Entre -125 et -121, Rome s’est emparée d’un sixième environ de cette Gaule transalpine: ce sera la Provincia romana. Ailleurs, les Gaulois demeurent groupés en cinquante à soixante civitates, peuples autonomes divisés en 3 à 400 tribus dites pagi  (pays). La personnalité de ces peuples était assez forte pour que la majorité de leurs noms et, souvent, de leurs territoires aient survécu jusqu’à nous, qu’il s’agisse des plus considérables -les Arvernes, les Lemovices du Limousin, les Pictaves du Poitou, les Bituriges du Berry, etc.- ou des plus modestes : les Suessiones  du Soissonnais, les Atrebates  de l’Artois, les Parisii... Pourtant, la Gaule que César va mettre huit ans à vaincre et à pacifier est “ un ensemble inconstitué de peuples désunis ”, comme disait Mirabeau, une nation exploitée par des oligarchies, ravagée par des guerres civiles et déjà toute pénétrée d’influences romaines. Les villes sont plutôt des hauteurs fortifiées servant de refuges, des oppida héritées des Ligures (briga, d’où Briançon, Briantes, Brimont, etc.) ou construites par les Celtes (dunum d’ou Laudun, Loudun, Verdun etc...). Elles dominent des villages serviles, agricoles ou commerçants. Les pistes et les voies d’eau autorisaient des échanges assez intenses et nous savons que “ depuis le IIème siècle avant J.C. au moins, les Gaulois se servaient de l’alphabet grec ”; on n’a retrouvé que soixante inscriptions rédigées en celtique, car les druides, à la fois prêtres, éducateurs et juges, interdisaient l’usage de l’écriture : “ Il faut écouter, retenir, apprendre par coeur, ne rien perdre des vérités révélées ” (4). Servant des dieux “ avides d’or et de sang ”, les druides sont néanmoins le principal facteur d’union : chaque année, venant de toutes les cités, ils s’assemblent à l’ombilic de la Gaule, c’est à dire au pays des Carnutes, probablement à Suèvres (Sodobriga ), sur la Loire, un peu en amont de Blois, où ils se constituent en tribunal suprême d’arbitrage. Institution internationale, ils sont présents chez tous les peuples celtes.

 

Villes et routes: l'oeuvre de Rome

 

            Si intéressant qu’il soit, l’apport celtique est finalement mince au regard de l’héritage romain, véritable base de la nation. Rome inscrit d’abord sur le sol les “ frontières naturelles ” définies par César; le Rhin, en particulier, est bordé de villes nouvelles qui sont autant de bastions : Strasbourg, Spire, Worms, Mayence, Coblence, Cologne. Gaule “ chevelue ” (c’est-à-dire forestière) et Provincia forment un ensemble de 639.000 km2, deux fois plus vaste que l’Italie, où les ressources paraissent infinies. “ C’est l’Amérique de l’Antiquité ”, a dit l'historien Albert Grenier. La tâche primordiale sera la colonisation agricole, par centuriation : la centurie, lot carré ou rectangulaire, couvre généralement quelque 50 hectares; elle est souvent attribuée à des vétérans. Bientôt se formeront ces villae  de plusieurs centaines d'hectares que nous avons évoquées. Dans la Beauce, par exemple, plus de deux cents localités ont un passé agricole gallo-romain. Alors que tous ces domaines sont de préférence à l’écart des routes, le vicus  artisanal et marchand, né d’un carrefour ou d’un pont, annonce fréquemment le bourg médiéval. Il prospère grâce au trafic intense qui s’est développé sur le superbe réseau viaire conçu par Agrippa, le gendre d’Auguste. Ces voies romaines, destinées par priorité à la poste impériale, rayonnent en étoile autour des principaux centres. On retrouve ces étoiles sur la carte de nos routes nationales : par exemple, la via qui part de Lutèce vers Genabum (Orléans), Argentomagus (Argenton-sur-Creuse) et Augustoritum  (Limoges) préfigure la RN20; celle qui va de Reims à St Quentin par Laon n’est autre que la RN44, etc.

            Les routes unissent entre elles des villes qui sont, pour la plupart, des créations romaines. Si la nouvelle Lutèce a été construite à côté d’un bourg gaulois, combien ont été des fondations ex nihilo ! A commencer par Lyon, le plus beau site urbain de l’Europe occidentale, inexplicablement négligé par les Celtes et qui va devenir la capitale de la Gallia Comata, avec cet autel de Rome et d’Auguste au pied duquel se réuniront les délégués de tous les peuples. Les Romains avaient d’ailleurs, il faut le souligner une fois de plus, une sorte de génie pour répérer les “ lieux centraux ” à vocation urbaine : Narbonne, Toulouse, Tours, Orléans, voire Dax ou Toul, et des dizaines d’autres en témoignent abondamment.  Les lots sont, ici aussi (surtout dans la Provincia ), largement distribués à des vétérans de toutes origines, dont les colonies groupent aisément de deux à trois mille familles. On le voit: “ nos ancêtres les Gaulois ” ont subi de profonds métissages. Ainsi, combien d’entre nous savent que Saint Martin, le populaire apôtre des campagnes, était un militaire venu de Hongrie? Cependant, Rome disait avoir laissé aux Gaulois “ leurs terres, leurs lois, leurs magistratures ”. En réalité, les institutions ont été romanisées et, en 212, l’édit de Caracalla accorda la citoyenneté à tous les habitants de l’Empire.

            Restent les territoires. La Gaule est divisée en cités : dans la Provincia, où Pline l’Ancien voyait “ une portion d’Italie plutôt qu’une province ”, ce sont 23 petites unités (Die,Vaison, etc.), nées du démembrement des peuples indigènes; au contraire, dans le Celticum, où l’on a ménagé des populations encore peu latinisées, une centaine de civitates plus étendues respectent les structures gauloises en les densifiant. Les cités, avec leur centre urbain, sont administrées par une curie, analogue au Sénat romain. Le pouvoir impérial n’y a aucun représentant : le gouverneur, assisté d’un état-major et d’une petite garnison, siège au chef-lieu de la province. La tutelle romaine est donc très légère: quatre vastes provinces à la mort d’Auguste. En revanche, on en comptera dix-sept au IVème siècle.

            Vers la fin de ce même siècle, après quatre cent cinquante ans de pax romana et avant les grandes invasions de 406-420, les fonctionnaires impériaux établissent un document que tous les lycéens de France devraient connaître: la Notitia provinciarum et civitatum Galliae. Dans cette listes des provinces et cités(5), on retrouve presque tous les peuples gaulois du Celticum, à part quelques divisions, et les principales fondations de la Provincia. On retrouve aussi 50 des 83 chefs lieux de départements continentaux choisis par la Constituante en 1790.

            Il existe donc, on le voit,  une continuité du territoire, qui s’explique par la fidélité de Rome aux autonomies celtes, par la fidélité de l’Eglise aux structures romaines et par celle, ultériere, des Constituants à de nombreux particularismes traditionnels

 

L'aménagement des structures de l'Eglise

 

            Lors de sa découverte, la Notitia fut d’abord considérée comme un état d’origine ecclésiastique, tant elle ressemblait à un relevé des évêchés existant au VIème siècle. Car, dès l’origine, l’Eglise adopta les cadres géographiques de l’Empire. Les premières communautés chrétiennes sont signalées à Vienne et à Lyon vers 150. C’est à Lyon qu’apparait le premier évêque, Saint Pothin, martyrisé en 177 avec Sainte Blandine et dont les successeurs porteront le titre de primat des Gaules. Durant le IIè siècle, d’autres évêques sont attestés à Marseille, Arles, Toulouse, Bordeaux, Saintes, Bourges, Reims, etc. Lorsqu’en 313, par le célèbre Edit de Milan, Constantin décrète la liberté du culte, 35 cités possédaient déjà un évêque, dont douze chefs-lieux de province sur dix sept.

Quand, en 380, Théodose proclame la foi catholique obligatoire, la majorité des cités (au moins 66) sont devenues diocèses et presque toute la population urbaine est convertie. En revanche, le mot paganus - paysan - prend le sens de “ païen ”, les campagnes demeurant largement réfractaires. L’apostolat rural, illustré par Saint Martin, se poursuivra pendant plusieurs siècles.

            Simultanément, l’Eglise complète son organisation. En 398, le concile de Turin décide “ la primatie de l’évêque de la cité métropolitaine ”, que l’on nommera “ archevêque ” à partir du VIème siècle. “ On comprend dès lors l’identité de la IIè Lyonnaise et de la Normandie: au Xè siècle, le duc Rollon et son fils obtiennent l’annexion à leur domaine des diocèses de Bayeux et de Sées (924), puis d’Avranches et de Coutances (933), afin que leurs possessions recouvrent exactement la province ecclésiastique de Rouen ” (6). D’autre part, on l’a vu, l’installation des évêques dans les civitates sera parachevée aux Vè et VIe siècles, malgré l’effondrement de l’Empire et les guerres entre royaumes barbares. Seules six ou sept des 124 unités gallo-romaines en resteront dépourvues, dont cinq en Séquanaise (Suisse occidentale, Franche-Comté), région faiblement romanisée. La carte administrative romaine, devenue carte ecclésiastique, sera plus tard un élément fondamental de la structure territoriale française  -pour trois raisons.

            La première est l’autorité morale de l’évêque, évidemment renforcée par la conversion de Clovis (496) et d’autres souverains. Defensor civitatis dans tous les sens du terme, il est “ le protecteur et le soutien des faibles ”, le consolateur des prisonniers, le seul “ qui puisse, quelquefois, défendre la population contre les mesures injustes d’un haut fonctionnaire, plus tard d’un roi barbare ”(7). La seconde raison est la puissance temporelle de l'Eglise, qui s'amplifiera de siècle en siècle. Dans la région rhénane, par exemple, les évêchés de Bâle, de Strasbourg, de Mayence, de Cologne, de Trêves ou de Liège deviendront les sièges de riches principautés. La troisième raison, la plus importante peut-être, est l’extraordinaire stabilité de cette carte ecclésiastique. Sans doute, on note une trentaine de créations post-carolingiennes (dont seize en 1317 pour combattre l’hérésie  cathare), mais  elles font  figure  d’épiphénomènes.  L’essentiel est que, sur les 117 évêchés-cités de la Gaule, quatre seulement ont disparu en l’espace de douze siècles (600-1790)! Cette solidité et cette permanence contrastaient avec l’instabilité, la complexité et la fréquente imprécision des limites féodales. L’appartenance à un diocèse (par exemple celui de Toul pour Jeanne d’Arc) sera généralement beaucoup mieux ressentie qu’aucune autre.

            L’histoire ne s’arrête pas là. Lorsqu’en 1789 les Constituants voulurent diviser la France en départements d’une étendue moyenne de 6.000 km2, ils “ n’avaient pas la plus légère idée de la géographie politique de la Gaule ”. Mais il se trouvait que nombre de cités-diocièses étaient proches de cette étendue et que leurs habitants manifestaient un attachement parfois ombrageux à leur identité. D’où la transformation de la civitas Turonum en Indre-et-Loire à travers le diocèse de Tours et la Touraine. De même le passage des Ruteni au Rouergue et à l’Aveyron; celui des Vénètes au Morbihan; etc... On pourrait compter une bonne trentaine de cas. Bien mieux: trois communes du Nord forment enclave dans le Pas-de-Calais parce qu’elles ne voulaient pas être séparées du Cambrésis; cinq communes des Hautes-Pyrénées furent enclavées dans les Basses Pyrénées parce qu’elles étaient de Bigorre, etc. Car “ les commissaires chargés de la nouvelle organisation administrative étaient des hommes instruits, consciencieux, qui s’entouraient de tous les renseignements utiles. Le résultat fut que... sans le vouloir, sans le savoir, la Révolution a ressuscité sur ce point un très antique passé ”(8).

 

La société féodale: une nouvelle civilisation urbaine

 

            Un autre facteur de continuité est l‘apport féodal, qui aboutira finalement à la formation de nos provinces, telles que nous les connaissons aujourd’hui. Parmi les grands propriétaires gallo-romains ou germaniques -qui voisinent, ou même s’apparentent-, les rois mérovingiens choisissent des fonctionnaires nommés comites  (compagnons, d’où comtes), d’après une dignité du Bas-Empire. Au-dessus d’eux, des ducs gouvernent plusieurs cités et succèdent aux préfets des provinces romaines. Mais deux évolutions vont bientôt se poursuivre sur plusieurs siècles. Tout d’abord, dans les régions de forte colonisation franque,   les   cités   seront   souvent   démembrées   en   plusieurs   comtés,   qui deviendront les pagi carolingiens -sans grand rapport avec leurs homologues gaulois. Ainsi, les seize diocèses des deux provinces “ belges ” sont fractionnés en soixante-six pagi, dont les traces demeurent presque toujours dans la toponymie. Autour de Lille, par exemple, voici la Pévèle, les Weppes, le Mélantois, l’Escrebieux, le Ferrain, le Baroeul, l’Ostrevent... Au contraire, les diocèses du Midi, que Rome, puis l’Eglise, avaient multipliés, n’ont donné  lieu à aucun partage : des Alpes-Maritimes à l’Hérault, on ignore les noms de “ pays ”.

            Ensuite, la décadence mérovingienne incitera les plus puissants et les plus habiles de ces ducs et de ces comtes à nourrir des rêves d’indépendance. Contenus par la main de fer de Charlemagne et par ses missi dominici, ces rêves se réaliseront après le partage de Verdun (843), qui consacre la dislocation de l’Empire. On voit alors surgir des dynasties régionales, tantôt dans les cadres gallo-romains (Anjou, Touraine, Poitou, Auvergne etc.), tantôt dans de nouvelles aires géographiques : ducs de Bourgogne, comtes de Champagne, ducs de Bretagne, comtes de Flandre, ducs de Lorraine, comtes de Toulouse, sires de Bourbon... Deux provinces, toutefois, n’auront aucune origine féodale: l’Alsace, qui sera unifiée par Louis XIV, et la Picardie, domaine du “ parler picard ”, organisée en gouvernement militaire par Jean Le Bon vers 1350.

            De cette semi-anarchie, de cette société barbare et ravagée par les invasions (850-950 : Normands, Slaves, Hongrois, Sarrasins), une grande civilisation va naître, dont nous sommes aussi les héritiers. Après 960, les signes précurseurs d’un renouveau sont manifestes : en 962, on l'a vu, c’est la fondation du Saint-Empire; en 966, le baptême de la Pologne; en 988, la conversion de Vladimir, prince de Kiev; en l’an 1000, le couronnement du “ roi apostolique ” Etienne de Hongrie. Un peu plus tard commence vraiment la phase lumineuse du Moyen Age. “ Le lendemain de l’an Mille est un nouveau printemps du monde ”, a écrit Georges Duby. Alors, dit un chroniqueur: “ la terre se couvrit d’une blanche robe d’églises ” : églises romanes d’abord, puis ogivales à partir des environs de 1130. Soutenue par la foi unanime du peuple, l’autorité ecclésiastique sera incontestablement, du XIè au XIIIe siècle, la puissance qui moralise et humanise: elle essaie de transformer les rudes seigneurs en preux chevaliers; en 1027, la “ trêve de Dieu ” interdit de se battre pendant le Carême et l’Avent, tandis qu’on généralise la “ paix de Dieu ” qui défend de porter les armes contre les roturiers. Enfin, pour être “ armé ”, le chevalier doit prêter un serment de loyauté envers son suzerain et de générosité envers les non-combattants.

            A la même époque paraissent les premiers textes importants d’une langue “ romane ” qui engendrera lentement le français: les 625 vers assonancés de la Vie de Saint Alexis (1040), qui seront lus et admirés pendant cinq siècles; puis la célèbre Chanson de Roland, vers 1080; puis les romans de Chrétien de Troyes (1160-1180), les Lais de Marie de France, le récit de Villehardouin (1204), pour aboutir au “ pauvre Rutebeuf ”, au Roman de la Rose et aux Mémoires de Joinville (1309).

            Sur le plan économique, une relative sécurité favorise les échanges et, par suite, un véritable foisonnement d’inventions techniques. C’est le début de la phase que Lewis Mumford a nommée “ âge éotechnique ” et qui durera huit siècles. Ses deux bases sont le moulin à eau (ou à vent dans les “ plats pays ”), source d’énergie motrice, et le bois, source d’énergie thermique et principale matière première. L’abondance hydraulique de l’Europe atlantique autorise une forte densité de moulins : dès 1086, le Domesday Book, inventaire statistique prescrit par Guillaume le Conquérant, en recense 5684 en Angleterre, soit un pour 23 km2; dans le futur département de l’Aube, on en compte plus de deux cents au XIVè siècle. De même, l’étendue des surfaces boisées permet la dissémination des forges, des verreries, etc. D’innombrables ateliers vont donc s’égailler au long des cours d’eau et près des massifs forestiers, cependant que les campagnes les plus peuplées accueilleront les fabrications textiles, faibles consommatrices d’énergie.

            L’épanouissement médiéval s’exprime encore par une nouvelle civilisation urbaine. Dès le IXè siècle naissent, hors les murs des anciennes villes gallo-romaines ruinées, de petites agglomérations qui portent le nom germanique de burgus. Au Xè siècle, on en trouve une bonne vingtaine, aux flancs de vieilles cités (Lyon, Besançon), près d’abbayes isolées (Cluny) et, surtout, au pied d’un château qui les protège et qui, souvent, commande une route ou un pont. Les mieux situés connaîtront une belle fortune (Gand, Bruges, Valenciennes, Caen...). La majorité comportent au moins un bourg laïque et un bourg ecclésiastique; il y aura même six bourgs extérieurs autour de la vénérable cité de Poitiers. Grâce à l’expansion économique, ces bourgs manifesteront une singulière vitalité. A Vendôme, par exemple, le comte, qui gouverne un pagus du diocèse de Chartres,  fonde en 1033, au pied de son château, l’abbaye de la Trinité et la dote d’un bourg. Un autre suivra et l’on voit émerger un éventail de douze professions artisanales; puis arrivent des marchands; deux foires sont créées, en 1074 et 1145, que fréquentent les mariniers du Loir; voici enfin un atelier monétaire... et deux usuriers. A côté des cives, citoyens de la cité, se développe ainsi une autre population. Dès 1007, un texte nomme burgenses les habitants d’un bourg construit au pied du château de Loches : c’est l’acte de naissance de la bourgeoisie. Une bourgeoisie qui, bientôt, veut et obtient ses propres institutions citadines : le mouvement communal s’amorce en 1070 au Mans; un conseil de “ jurés ”, présidé par un maire (ou mayeur) est attesté à Noyon en 1116.

            Cependant, on doit souligner une profonde différence avec l’organisation romaine. Le centre urbain de la civitas était solidaire de son terroir au point de prendre souvent son nom : Avaricum devient Bourges, Limonum Poitiers, Durocortorum Reims et Lutèce Paris. A l’inverse, la ville fortifiée artisanale et marchande du Moyen Age est fermée à l’aristocratie foncière. “ Au milieu du plat pays soumis aux contraintes seigneuriales, écrit Marc Bloch , le groupe bourgeois... fait authentiquement figure de corps étranger ”(9). Dans le Nord, le paysage urbain est quelque peu désordonné : des rues étroites et sinueuses, une grand place pour le marché, l’animation intense des boutiques et des tavernes, les artisans organisés en corporations. Dans le Sud-Ouest, au contraire, des centaines de créations urbaines vont ressusciter l’ordre romain : ce sont les sauvetats (placées sous la sauvegarde du fondateur ecclésiastique), puis les villeneuves  ou villefranches  (par exemple, Montauban, créée en 1144 par un comte de Toulouse), puis les bastides; toutes adoptent le même plan en échiquier, avec de larges rues et une vaste place rectangulaire; les attributaires des lots sont tenus de bâtir au plus tôt pour bénéficier des franchises.

            Ces fondations médiévales, qui donnent au Midi garonnais une armature urbaine homogène et toujours vivante, de Libourne à Montréjeau, indiquent une véritable politique d’aménagement du territoire, que l’on retrouvera à travers toute l’Europe, “ du Tage à la Volga ” : son but est évidemment de multiplier les centres d’échanges qui enrichiront telle contrée et son souverain. La réussite la plus éclatante est sans doute celles des comtes  de Flandre : rien qu’entre 1160 et 1183,  le  comte Philippe d’Alsace érige six nouvelles villes;  au  XIVè siècle, les cités drapières de la Flandre comtale (Gand, Bruges, Tournai, Ypres) sont parmi les plus peuplées de l’Occident et commandent tout un réseau de satellites. En outre, ces grands féodaux du Nord transforment un paysage naturel qui était assez ingrat : ils assèchent les marais, endiguent les polders (mot apparu avant 1150), confient la maîtrise des eaux aux associations de Wateringues. Les villages se multiplient: “ vers 1300, presque toutes les paroisses du XIXè siècle existent déjà ” (10).

            Semblable observation vaut d’ailleurs pour la majeure partie de l’Europe occidentale. L’ère des grands défrichements, ouverte au milieu du Xiè siècle, se poursuivra pendant près de trois siècles. Les sarts, essarts, etc., donnent naissance à des habitats ici groupés et là dispersés. La coutume rend les tenures héréditaires; le servage commence à disparaitre au XIIIè siècle. Les libertés rurales, octroyées pour attirer les défricheurs, progressent autant que les libertés urbaines. Elles se traduisent par des chartes, dont les modèles sont bien connus des médiévistes, qu’il s’agisse de Lorris (Loiret), de Prisches (Nord) ou de Beaumont-en-Argonne (Ardennes, 1182) -le plus brillant succès du genre, car elle reconnaît une émancipation proche de celle d’une commune moderne.

            En 1328, un Etat des paroisses et des feux est dressé, sans doute sur ordre du nouveau roi Philippe VI, pour les 320.000 km2 du domaine royal. Une extrapolation à la France actuelle donne 4,2 millions de feux et, probablement, quelque 20 millions d’habitants répartis en près de 40.000 paroisses presque autant que de communes six siècles plus tard! C’est alors le pays le plus peuplé d’Europe. Et, surtout, le “ semis du peuplement rural ” (Jean Brunhes) est pratiquement achevé. Seule une très petite fraction de nos communes est postérieure à cette date où “ la France est véritablement un monde plein ” (11). Un monde débordant de vitalité, mais que les catastrophes vont désoler et dépeupler. Après la guerre de Cent Ans, après les guerres de religion, tout est à refaire quand Henri IV est sacré à Chartres le 27 février 1594.

 (c) Jean Francois GRAVIER - Professeur agrégé Histoire-Géographie

Samedi 22 novembre 2008
- Publié dans : Débats
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés